Grand Stade : les premiers coups de pioche
L'arrêté préfectoral a été signé le 10 août. Le premier coup de pioche pourrait être donné en septembre, selon Elisa, filiale d'Eiffage en charge du dossier. Du côté des mairies, on affirme avoir obtenu les garanties nécessaires.
JULIEN GILMAN et MATTHIEU MILLECAMPS >
region@nordeclair.frCette fois, ça y est ! Ce qui fut une véritable odyssée aux innombrables rebondissements juridiques, financiers et politiques entre dans sa phase concrète. Les engins de chantier sont bel et bien entrés en action sur la Borne de l'Espoir, site du futur Grand Stade, à cheval sur Lezennes et Villeneuve d'Ascq.
Pour l'instant, il ne s'agit que de travaux préparatoires au lancement du chantier proprement dit. Mais tout de même... « Les travaux engagés sont ceux prévus et annoncés aux maires : ils ne concernent que les installations de chantier, locaux, pistes, clôtures, zones de stockage », explique Jean-Claude Mutel, directeur de projet à Elisa (Eiffage Lille stadium arena), la filiale créée pour mener le chantier à bien.
Début septembre, après le montage des clôtures, viendra le temps de l'arasement de la butte et du terrassement. Tout est programmé dans l'arrêté préfectoral signé le 10 août dernier, après l'avis délivré par la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS). « D'autres procédures sont à finaliser », signale le responsable d'Eiffage. « Le chantier ICPE (installation classée pour la protection de l'environnement, ndlr) ne commencera pas avant le mois de septembre. »
Amiante dans le solUn chantier qui se fera sous haute surveillance. Conformément aux voeux émis dans une délibération votée par le conseil municipal de Villeneuve d'Ascq le 9 avril, l'arrêté préfectoral apporte des garanties quant à la conduite du chantier.
Suite au signalement de la présence d'amiante sur le site, dans les catiches au-dessus desquelles le futur stade sera érigé, il avait été question de créer une cellule de veille. C'est une Commission locale d'information qui a été mise en place. « Nous ferons tout pour que la dimension sanitaire en fasse partie », insiste le maire de Villeneuve d'Ascq, Gérard Caudron. « En ce qui concerne le contrôle des matériaux, chaque quantité journalière extraite fera l'objet de prélèvements et d'analyses. Les matériaux ne seront transportés et utilisés qu'après résultats de ces analyses. » Même vigilance affichée du côté de Lezennes au sujet des matières toxiques. La question est d'autant plus sensible que la zone de stockage provisoire de ces matières, avant leur envoi en centre de traitement agréé, se trouve face au magasin Leroy Merlin. « La proposition a été faite de la déplacer, mais Eiffage a expliqué que cela pourrait être considéré comme un vice de procédure, du fait d'un changement dans la nature de l'information apportée au public... », précise Marie-Jeanne Biencourt, première adjointe à Lezennes.
Questions de circulationAutre sujet sur lequel les élus se disent sur le qui-vive : l'impact sur le quotidien de leurs administrés. Le premier édile villeneuvois assure avoir été « rassuré » par l'arrêté du préfet. Un schéma de circulation des véhicules de chantier doit lui être soumis, ainsi qu'au maire de Lezennes, à la communauté urbaine, au conseil général et à la DDE. Par ailleurs, vibrations et émissions de poussières sont réglementées. À Lezennes, c'est surtout des ruées des soirs de matches que l'on s'inquiète. « C'est une certitude, la vie va changer. Le samedi, le stationnement était déjà problématique. Là, ça va être encore plus compliqué... », juge la première adjointe de Lezennes. Acceptation plus qu'adhésion, comme le précise Gérard Caudron, « à défaut d'être enthousiastes, nous n'avons pas eu de raison de bloquer le chantier. »
Le Grand Stade, une carte maîtresse dans la candidature à l'Euro 2016 ?Chantier prioritaire de la rentrée pour Rama Yade, le dossier de la candidature française à l'organisation de l'Euro 2016 dispose, disposerait, dit-on, d'un atout de poids : le Grand Stade lillois. Et même que ça pourrait nous rapporter... Ils voulaient se faire une idée de visu, ils n'ont pas été déçus. En mai dernier, Jean-Pierre Escalettes, le président de la Fédération française de foot et Frédéric Thiriez, celui de la Ligue entamaient à Lille leur tournée des sites potentiels pour accueillir des matchs de l'Euro 2016. Il leur reste six mois avant le dépôt de la candidature française à l'UEFA. Locomotive En 2016, le Grand Stade aura déjà vu passer quelques buts et entendu siffler l'arbitre puisque, si tout se déroule comme prévu, il doit être opérationnel à l'été 2012. « Un projet merveilleux » s'enthousiasmait, en mai dernier, Jean-Pierre Escalettes qui, emporté par son emphase assurait même qu'il était « unique au monde ». En somme, une « locomotive » dont la candidature française a besoin pour convaincre l'UEFA alors que les stades français sont loin de supporter la comparaison avec les équipements allemands ou anglais. On dit même que les Suisses, les Portugais et les Espagnols n'auraient rien à envier, bien au contraire, à nos stades. Avantage du dossier lillois : « Il est plus avancé que tous les autres en province. Et le dossier lillois peut avoir un effet d'entraînement pour doper d'autres projets », observait alors Jean-Pierre Escalettes. Martine Aubry est allée plaider la cause de son stade à Paris, auprès de l'alors ministre des Sports Roselyne Bachelot pour lui demander une rallonge pour le Grand Stade, à prendre sur sa cagnotte prévue à cet effet. La présidente de la communauté urbaine de Lille a cherché appui dans le rapport de la commission Séguin qui a planché sur les stades français et dont les conclusions, favorables au dossier lillois, avaient été transmises au ministère. Martine Aubry a même souvent laissé entendre que, même du côté de l'Élysée, et bien qu'on n'ait pas forcément envie de faire une fleur à la première secrétaire du parti socialiste, on aurait compris que le Grand Stade lillois donne des couleurs à la candidature française à l'Euro 2016. Reste qu'elle évalue à 45 millions d'euros ce que l'État pourrait mettre, soit près de la moitié de l'enveloppe annoncée et tournant alors, au niveau national, autour de la centaine de millions. Dossier « urgent » Depuis, Rama Yade a repris le bébé. Le président de la Ligue estime désormais à 150 millions d'euros l'aide de l'État pour la construction ou la rénovation des stades français. Un dossier qualifié d'« urgent » par la secrétaire d'État aux Sports et qui ne pèse pas tant que cela face au 1,5 milliard d'euros jugés nécessaires d'ici 2014 pour avoir un dossier présentable aux yeux de l'UEFA. La rénovation du stade Bollaert à Lens faisant également partie de la liste des stades qui ont besoin d'être rénovés.
ÉCLAIRAGE Les « 2sous » prête à attaquer l'arrêté L'association « les 2sous du Grand Stade », fermement opposée au projet, n'entend pas baisser la garde devant l'avancée des engins de chantier et se dit prête à repartir à l'attaque, sur le plan juridique. Premier motif de mécontentement pour Bruno Bogaert, président des 2sous du Grand Stade, « l'autorisation de lancement du chantier a été donnée alors que certaines études n'ont pas été menées à leur terme. » Bruno Nogaert évoque notamment une étude sur l'impact du chantier sur les chiroptères (les chauve-souris), sur laquelle Eiffage a livré un rapport qu'il juge « bâclé ». Autre axe d'attaque envisagé par l'association : la présence d'amiante. « Eiffage dispose d'un permis d'aménager qui permet de faire des voiries. Ils vont raboter des terrains dont on sait qu'ils sont contaminés à l'amiante », juge le porte parole de l'association, qui en appelle à Michèle Demessine, vice-présidente de la communauté urbaine aux sports qui « en tant que sénatrice, a dit souhaiter que, sur l'amiante, les logiques économiques passent après les logiques sanitaires. » Quant à la commission locale d'information, il la qualifie « d'Arlésienne : on en a parlé il y a trois mois et puis, plus rien ! » M.M.
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